Une lettre · Julia
Toi,
Tu as répondu au test. Pas pour raconter l’histoire. Tu n’as rien à prouver ce soir. Pour mettre des mots justes sur ce que ton corps refait, tout seul.
Voilà ce que je retiens.
Tu n’es pas trop sensible. Ton corps a gardé ce que ta tête a voulu ranger. Il s’est passé quelque chose. Ton corps s’en souvient. Même quand tu te dis que c’est fini.
Tu sursautes. Tu te figes. Ou tu es là sans être là. Certains bruits, certains gestes, ramènent là-bas. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est une mémoire. Elle n’est pas seulement dans ta tête. Elle est dans le corps.
Les autres disent que ça devrait aller mieux maintenant. Toi, tu sais que ce n’est pas une question de volonté.
On ne décide pas d’un sursaut. On ne se raisonne pas hors d’une pièce qui n’est plus sûre.
Si rien ne change, tu vas encore te juger de ne pas « aller mieux », alors que ton corps fait exactement ce qu’il a appris pour te protéger.
Ce soir, tu n’as pas à te raconter l’histoire. Ton corps n’est pas un ennemi. Il a essayé de te garder en vie. On avance doucement. Ici. Pas là-bas.
Je te vois.
Julia
