Une lettre · Julia
Toi,
Tu as répondu au test. Pas pour qu’on te donne un délai. Il n’y en a pas. Pour mettre des mots sur une absence que les autres voudraient déjà close.
Voilà ce que je retiens.
Tu n’es pas en retard sur le deuil. Tu traverses une absence. Et personne ne peut l’accélérer. Quelqu’un n’est plus là. Ou toute une vie s’est arrêtée.
Tu fais comme si la vie continuait. Une part de toi est restée derrière. Tu souris pour les autres. Pas pour toi.
Et s’il t’arrive de rire, tu t’en veux. Ce n’est pas un manque de courage. C’est une perte.
On ne range pas une personne. On apprend à vivre avec la pièce où quelqu’un manque. Les autres disent de passer à autre chose. Toi, tu parles encore à quelqu’un qui n’est plus là. C’est logique. Ce n’est pas à accélérer.
Si rien ne change, ce n’est pas que tu vas « mal faire ton deuil ». C’est que tu vas encore te juger d’être encore là-dedans. Alors que tu es exactement là où une perte se traverse.
Personne n’a le droit de te dire d’oublier. Pas ce soir. Pas demain. Tu n’as pas besoin d’un ordre de guérir. Tu as besoin d’un cadre pour traverser. Sans faire semblant.
Je te vois.
Julia
