Une lettre · Julia
Toi,
Tu as répondu au test. Pas pour « te situer ». Pour mettre des mots sur un truc qui tourne.
Voilà ce que je retiens.
Ce n’est pas de l’attachement en trop. Tu as donné à quelqu’un le droit de te dire si tu existes. Quand le message ne vient pas, ce n’est pas de l’impatience. C’est le plancher qui se dérobe.
Le téléphone. Les heures qui s’étirent. La journée que tu ranges autour d’une notification. Et cette phrase, quelque part : s’il n’écrit pas, je suis plus rien.
Ça, ce n’est pas de l’amour. C’est un manque qui a pris le visage de l’amour. Le manque, on ne le soigne pas en remplissant l’autre côté. On le soigne en reprenant ce que tu as déposé là-bas : le droit d’être là, même quand personne ne répond.
Tu n’es pas faible. Tu as appris, un jour, que tu comptais quand on te regardait. Alors maintenant tu surveilles le regard. C’est logique. C’est juste épuisant.
Si rien ne change, ce n’est pas que tu vas mal aimer. C’est que chaque silence va encore décider de ta valeur. Demain. Après-demain. Encore.
Tu n’as pas à prévenir cette personne. Ce travail ne la concerne pas.
Je te vois.
Julia
