Une lettre · Julia
Toi,
Tu as répondu au test. Pas pour qu’on te dise de te reposer. Tout le monde te le dit déjà. Pour nommer ce que tu portes, et qui n’est pas à toi.
Voilà ce que je retiens.
Tu n’es pas faible. Tu portes ce qui ne t’appartient pas, depuis trop longtemps. Tu dis oui. Tu prends. Tu tiens pour tout le monde. Et le soir, la liste n’est jamais finie.
Ton corps a déjà dit stop. Toi, tu continues. Les autres voient que tu tiens. Ils ne voient pas que tu es vide. Ou que la machine tourne sans toi.
Ce n’est pas du dévouement. C’est une charge sans fin. Tu as appris que si ce n’est pas toi, personne ne le fera.
Alors tu le fais. Encore. C’est logique. C’est juste en train de te vider.
Si rien ne change, tu vas encore tenir jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à tenir. Et on t’appellera solide jusqu’au jour où tu ne pourras plus.
Tu as le droit de ne rien porter. Même une heure. Ce n’est pas de l’égoïsme. C’est le minimum. Poser une chose. Une seule. Et ne pas la reprendre.
Ce travail ne se fait pas en sauvant encore quelqu’un ce soir.
Je te vois.
Julia
